Tanger (Maroc) – Dans une ville historiquement façonnée par les brassages culturels et religieux, un iftar pas comme les autres s’est tenu dimanche soir. Autour d’une même table, responsables religieux, intellectuels et acteurs de la société civile, issus des trois monothéismes, ont partagé la rupture du jeûne dans un esprit revendiqué de dialogue et de fraternité.
L’initiative s’inscrit dans le cadre d’un forum organisé par la Fondation Adam pour la fraternité humaine, à l’occasion de la commémoration de la disparition du roi Mohammed V, figure tutélaire de l’histoire marocaine contemporaine, dont l’héritage reste associé aux valeurs d’unité nationale et de coexistence.
Organisé en plein mois de ramadan, l’événement entendait également rappeler le rôle singulier de Tanger, longtemps considérée comme un carrefour entre l’Europe et l’Afrique, où se croisent influences, langues et croyances.
Au fil de la journée, plusieurs séquences à forte portée symbolique se sont succédé. Une visite de la synagogue historique Nahon, nichée dans la médina, a précédé un lâcher de colombes sur la place de la mosquée Mohammed V. Trois arbres ont également été plantés, chacun représentant l’une des religions abrahamiques.
Mais c’est au sein de la cathédrale catholique que s’est déroulé le moment le plus marquant : la rupture du jeûne, accompagnée de l’appel à la prière du maghreb, dans un lieu de culte chrétien. Une scène rare, pensée comme une illustration concrète du respect mutuel entre confessions.
« La différence ne signifie ni division ni rejet de l’autre », a souligné l’archevêque de Tanger, Emilio Rocha Grande, insistant sur l’existence de valeurs spirituelles communes. Même tonalité du côté de Jacob Tordjman, juge hébraïque au tribunal de première instance de la ville, pour qui les fidèles des trois religions « ont toujours vécu au Maroc comme une seule famille ».
À travers cette initiative, les organisateurs entendent adresser un message au-delà des frontières : celui d’un vivre-ensemble possible, dans un contexte international marqué par les tensions identitaires et religieuses. Une ambition qui s’inscrit, selon plusieurs intervenants, dans le cadre plus large du modèle marocain, fondé sur la centralité de l’institution de l’Imarat Al-Mouminine et la promotion d’un islam présenté comme modéré et ouvert.

